Texte
rédigé par des militants du parti socialiste,
en vue d’une adoption lors du Congrès du
PS de novembre 2008.
Plus
que toutes les autres questions internationales, la
question du conflit israélo-palestinien nous
interpelle profondément. Soixante
ans après la partition de la Palestine, décidée
par l’ONU, qui a conduit à la création
de l’Etat d’Israël, l’Etat
palestinien n’a toujours pas vu le jour.
Membre permanent du Conseil de Sécurité
de l’ONU, pays des Droits de l’Homme s’étant
montré capable à certaines époques
de faire entendre une voix indépendante, la
France peut influer sur le cours de l’Histoire.
C’est toute une conception de la justice internationale
qui est en cause, et qui est en train de céder
la place au fait accompli et à la loi du plus
fort.
Sur
ce sujet essentiel pour l’avenir du monde, nous
attendons du Parti Socialiste qu’il donne l’exemple
du courage politique. C’est le sens de cette contribution.
1948-2008
: Et l’État Palestinien ?
Quinze
ans après les accords d’Oslo, le conflit
israélo-palestinien s’inscrit toujours
en toile de fond de la politique internationale. Les
quinze ans écoulés ont acclimaté
l’idée d’un processus devenu une
fin en soi, qui pourrait se poursuivre éternellement
sans grande conséquence. Pire, la mise en place
d’une autorité palestinienne pour la gestion
des territoires occupés laisse à penser
qu’en quelque sorte, l’Etat palestinien
existe déjà et qu’il suffirait de
le laisser négocier avec son homologue israélien
pour aboutir à un résultat.
C’est
ici qu’il faut rappeler quelques évidences.
61 ans après le
plan de partage de l’ONU, il n’y a pas d’Etat
palestinien et c’est bien l’objet des négociations
que d’en établir un. Mais
61 ans après le plan de partage, il n’y
a pas non plus de véritables négociations.
Ces négociations opposent une puissance occupante
à un peuple occupé, sans aucun mécanisme
de suivi des engagements, ni par les Etats-Unis qui
ne veulent rien exiger d’Israël, ni par l’Union
Européenne. Dans ces négociations, l’interlocuteur
est tour à tour nié, discrédité
avant que d’être taxé de faiblesse.
Pas plus que le Hamas islamiste d’aujourd’hui,
l’OLP laïque d’hier n’était
considérée par Israël comme un interlocuteur
valable. Or dans une négociation, on ne choisit
pas son partenaire et c’est toujours avec l’adversaire
que se conclut la paix. L’invocation de l’absence
de partenaire traduit alors le refus de négocier.
Le
blocus et la colonisation rendent la paix impossible
De
fait ces négociations ne semblent plus impératives
aux yeux d’Israël. Alors que le principe
de base des négociations était "la
terre contre la paix", celles d’aujourd’hui
semblent avoir pour horizon "la terre et le calme".
Après l’espoir suscité par l’évacuation
des colonies, Gaza est devenue une prison à ciel
ouvert, privée de tout, soumise à un blocus
qui détruit la société civile palestinienne,
à des incursions meurtrières et à
de terribles destructions. La colonisation de la Cisjordanie
ôte l’Etat palestinien de toute base territoriale,
donc de toute existence possible. La construction du
Mur, condamné par la justice internationale,
se poursuit, rendant la vie impossible à des
milliers de Palestiniens. Pour Israël, il s’agit
de gérer la question palestinienne et non de
négocier pour une paix durable. En témoigne
le regain de la politique de colonisation des territoires
occupés, qu’il s’agisse d’implantations
nouvelles ou d’extension des colonies existantes,
qui isolent Jérusalem, morcellent et fragmentent
les territoires, accaparent les terres et les ressources
en eau. Depuis Oslo, le nombre de colons a doublé.
Par
la poursuite de la colonisation et l’absence de
perspective politique, Israël a disqualifié
l’autorité palestinienne aux yeux de son
propre peuple qui perd confiance en des dirigeants qui
n’ont plus les moyens de le protéger et
de faire avancer ses droits nationaux. L’absence
de tout espoir, c’est la promotion des plus radicaux,
c’est le terreau du désespoir et de la
révolte. La dégradation des conditions
de vie, c’est une population mal nourrie, en mauvaise
santé, sans parler du risque d’effondrement
du système d’éducation. Le développement
de l’économie, de la culture, de l’éducation
palestiniennes a jusqu’ici représenté
un immense espoir pour les deux peuples. Mais aujourd’hui,
c’est un tout autre scénario qui se profile
: le chaos, le désespoir, les violences inter-palestiniennes.
Une
logique géo-politique inquiétante, un
enjeu majeur au plan mondial
Ce
qui se profile au-delà, c’est le spectre
du "choc des civilisations" qu’il ne
suffit pas de nier pour empêcher qu’il advienne.
Comment l’impunité totale de l’Etat
d’Israël, face aux violations des résolutions
de l’ONU, ce sentiment du "deux poids, deux
mesures", pourrait-elle ne pas focaliser révolte
et indignation dans l’ensemble du monde arabe,
et bien au-delà ?
La
politique israélienne ne peut être comprise
sans le soutien inconditionnel que lui apporte l’administration
Bush. Pour cette dernière, le renforcement de
l’Etat d’Israël s’inscrit dans
le cadre d’une stratégie régionale
visant le contrôle économique, politique
et militaire de l’ensemble de la région,
laquelle constitue pour les Etats-Unis un enjeu stratégique
majeur du fait de ses réserves pétrolières.
Il
est fondamental que l’Europe ne se laisse pas
entraîner par l’administration nord-américaine
dans cette logique de "choc des civilisations".
De ce point de vue, l’élection, en France,
d’un président de la République
atlantiste et totalement aligné sur les positions
des Etats-Unis, comme Nicolas Sarkozy, est dramatique.
La stratégie américaine de règlement
des conflits par la force, au mépris du droit,
vient pourtant, encore une fois, de montrer son total
échec en Irak. Elle risque d’entraîner
l’ensemble de la région dans un embrasement
général, jusqu’à l’Iran.
La
résolution du conflit israélo-palestinien
est un enjeu majeur. Elle est d’abord affaire
de morale ou de justice, mais pas seulement. Il s’y
joue aussi une part cruciale de la sécurité
et de la stabilité aux portes de l’Europe.
Il s’y joue la fracture entre un occident fantasmé
et une région traumatisée chaque jour
un peu plus par la catastrophe irakienne.
Rappeler
les fondements du règlement du conflit
La
France des Droits de l’Homme mais aussi la France
soucieuse de ses intérêts doit s’impliquer
dans la résolution de ce conflit, dans l’intérêt
des deux peuples, au côté de toutes les
forces lucides, courageuses qui nous alertent, y compris
aux Etats-Unis (Jimmy Carter, ancien président
de la République) et en Israël même
(Avraham Burg, ancien président de la Knesset).
Dans les deux camps en effet des hommes et des femmes
militent pour le respect du droit international et le
dialogue entre les deux peuples. Les politiques et les
ONG palestiniens et israéliens qui continuent
à militer pour la justice, la fraternité,
la possibilité d’une coexistence pacifique
méritent notre admiration et notre respect. Nous
devons leur apporter notre soutien.
En
particulier, les forces socialistes, laïques, démocratiques,
doivent rappeler les fondements du règlement
de ce conflit, connus depuis déjà longtemps
:
la constitution d’un Etat souverain, en Cisjordanie
et à Gaza, avec Jérusalem-est pour capitale
;
l’évacuation des territoires occupés
par Israël depuis 1967 ;
le démantèlement de toutes les colonies
;
une solution juste pour le retour des réfugiés,
sur la base du droit international
Dans
l’immédiat, nous attendons de l’Union
Européenne :
qu’elle
refuse toute nouvelle installation de colons,
qu’elle exige la levée du blocus de la
Bande de Gaza,
qu’elle exige la mise en œuvre immédiate
de l’accord de 2005 sur la circulation.
qu’elle œuvre à la libération
des prisonniers politiques * qu’elle contribue
à l’organisation d’une conférence
internationale, pour le règlement du conflit,
sur le fondement des résolutions de l’ONU.
L’Union
Européenne doit rappeler fermement à Israël
que les relations privilégiées permises
par les accords d’association sont conditionnées
au respect du droit international. Mais il faudrait
qu’elle ait le courage politique d’appliquer
ses propres décisions. En tout état de
cause, les négociations sur l’accord de
rehaussement des relations Israël-UE doivent être
suspendues tant qu’Israël ne respecte pas
ses propres engagements, et que les bases d’un
règlement pacifique et mutuellement accepté
du conflit ne sont pas concrètement mises en
œuvre.
On
ne peut pas dissocier la relation UE-Israël des
exigences minimales de respect des normes internationales
pour la résolution du conflit.
Un
courage politique indispensable
Face
à la dégradation continue de la situation
au Proche Orient, aux enjeux du conflit israélo-palestinien,
à la violation continue du droit international
par l’Etat d’Israël, le Parti Socialiste
doit affirmer des positions claires, conformes à
ses valeurs, et loin de tout groupe de pression quel
qu’il soit.
Il
y a une grande indignation, dans le peuple de gauche,
face à cette injustice qui dure depuis des décennies.
Répondons positivement, en contribuant à
l’unité de toutes ses forces, politiques,
syndicales, associatives, en contribuant aussi à
éclairer les citoyens sur l’histoire et
les enjeux de ce conflit.
Notre
parti doit donner un signal fort, à l’occasion
de son congrès, pour le respect du droit international
au Proche-Orient, en même temps qu’il doit
s’élever contre les dangereuses dérives
atlantistes de Sarkozy.
Il
doit aussi agir dans le cadre de l’Internationale
Socialiste, dont sont membres le parti travailliste
israélien et le Fatah, pour porter les valeurs
du droit international et refuser la logique de colonisation
trop souvent acceptée par le parti travailliste
israélien.