«Marrakech»
article en Hébreu de David Elmoznino
Traduction de l’Hébreu en Français
par Rony Ruimy
Marrakech,
(en Arabe : Marrakiš) ville saharienne, campe au
pied des cimes montagneuses du Haut Atlas, à
l'orée du désert au sud-ouest du Maroc.
La ville compte un bon million d'âmes d'origine
berbère pour la plupart. En langue berbère,
les mots mur et akuch signifient "La Ville de Dieu"
; c'est l'une des explications avancées et que
l'on pourrait retenir quant à l'origine et l'étymologie
de son nom.
La
ville a été fondée en 1062 par
Youssef Ibn Tashfin et devint rapidement sous son impulsion,
un carrefour commercial important, tissant des liens
étroits entre les villes côtières
marocaines le long du littoral atlantique, l'Andalousie
et "l'Afrique noire". La ville de Marrakech
fut pendant de longs siècles capitale impériale
marocaine et, pour cette raison, on la considérait
comme un Maroc en miniature.
Yussuf
Ibn Tashfine fortifia la ville naissante en dressant
des remparts, il érigea mosquées et bâtiments
publics, influant nettement sur le caractère
nomade de sa tribu. En l'an 1072 Marrakech était
déjà une ville en pleine croissance et
Ibn Tashfine y régnait en maître incontesté.
Durant les trente-sept années de son règne,
le monarque fit de Marrakech un centre commercial important
doté d'une puissante infrastructure agricole
renforcée par la pose d'un réseau d'irrigation
savant encore en partie utilisé de nos jours,
assurant fructification et fertilité de vastes
plaines et champs agraires.
Surnommée
"Al Hamra", "La Rouge", en raison
de la couleur rose-rouge typique couvrant les monuments
de la ville ainsi que bâtiments anciens et modernes,
Marrakech est inscrite depuis 1985 par l'UNESCO en tant
que site faisant partie du Patrimoine mondial. La ville
est envahie chaque année par de nombreux touristes
et fut même baptisée le "Paris Marocain"
en regard de ses nombreuses petites perles architecturales.
La vieille ville est réputée pour ses
dédales de petites ruelles et venelles, ses artères
animées et ses souks bigarrés.
À
la différence de Rabat, la capitale politique
et de Casablanca, la capitale économique, Marrakech
est la capitale historique et culturelle du Maroc. Tous
les soirs, au crépuscule, des centaines de colporteurs,
de vendeurs et de marchands s'y rassemblent. Conteurs,
bonimenteurs, guérisseurs, magiciens, souffleurs
de feu, danseurs, bateleurs, charmeurs de serpents,
comédiens, acteurs, artistes populaires et bien
d'autres animent les lieux, enveloppés d'une
épaisse fumée montant des dizaines d'échoppes
de restauration et du grill planté en plein centre
de l'ancienne médina. "Djama'-El-Fna",
La Grande Place, en son coeur, s'illumine d'une multitude
de petites lumières et se transforme en centre
d'attraction irrésistible, drainant habitants
de la cité, ressortissants de bourgades environnantes
et touristes passionnés par les orateurs aux
dons de conteurs intarissables.
Les
Juifs de Marrakech
par David Elmoznino
Traduction de l’Hébreu en Français
par Rony Ruimy
En
l'an 1492, lorsque la marée humaine de Juifs
expulsés d'Espagne submergea les pays d'Afrique
du Nord, ses vagues atteignirent une ville de Marrakech
alors en pleine expansion et appelée à
devenir la capitale de la dynastie Saadienne. Le sultan
lança un appel aux Juifs les invitant à
venir s'y installer et c'est alors que le Mellah juif
fut édifié. La plupart des habitations
du Mellah ont été construites autour d'une
cour intérieure. Les Juifs s'occupaient essentiellement
de commerce. Dans le passé, les maisons du Mellah
étaient chaulées de bleu et de blanc.
Elles étaient propres et étincelantes.
Il subsiste encore aujourd'hui au Mellah un portail
couleur verte portant le nom de Rabbi Haim Ben Attar.
Actuellement
l'exode a touché une grande partie de la population
juive de Marrakech. Les derniers Juifs qui y demeurent
encore sont très âgés, nécessiteux
et ne survivent que grâce à la générosité
et aux dons de la communauté juive de Casablanca.
Lorsque
les Juifs expulsés d'Espagne arrivèrent
à Marrakech et firent la demande aux Toshavim,
les résidents, de prier dans leur synagogue,
celle qui portait le nom de Rabbi
Mordechai Ben Attar dans l'ancien Mellah
de Marrakech, leur requête fut rejetée
par les Juifs autochtones, ces derniers arguant la pratique
d'un style liturgique différent.
Après
de nombreuses frictions entre les deux parties, les
expulsés, avec à leur tête Rabbi Yitzhak Delouya, édifièrent
leur propre synagogue et furent surnommés les
Mégorashim "les
Éxpulsés" ou les
Mitvadlim "Les Séparés,
les Dissidents".
La
synagogue "Slat El Azama"
fait partie d'un ensemble de bâtiments élevés
autour d'une grande cour centrale, réservant
à l'étage au-dessus du lieu du culte,
une Yéshiva, des salles de classe où l'on
prodiguait aux enfants l'enseignement de la Torah. Actuellement
la maison est habitée par une famille musulmane
à laquelle la garde des lieux a été
confiée. La grande cour et l'une de ses ailes
est occupée par la synagogue, somptueuse et spacieuse,
soigneusement entretenue et munie de tous les objets
de culte indispensables à une synagogue de style
oriental.
"Slat
El Azama" qui fut érigée en 1492,
à l'époque de l'expulsion des Juifs d'Espagne,
est considérée parmi les Juifs de Marrakech
comme la plus ancienne des synagogues, celle dont le
nom veut dire : la synagogue des Dissidents.
Dr.
Arrik Delouya, descendant direct de Rabbi Yitzhak Delouya ne cesse actuellement de déployer
de grands efforts en vue d'assurer la conservation de
tous les sites juifs encore existants à Marrakech.
La
Slat el Azama, synagogue située au Mellah de
Marrakech et le Mellah de Marrakech par Arrik Delouya
Une
des trois synagogues opérationnelles à
Marrakech est la «Slat el Azama» située
au cœur du Mellah. Un office a lieu chaque jour
pour la prière du matin et un important office
le Shabbat pour Shahrit, Les officiants sont les frères
David et Itzhak Ohayon en collaboration avec le Rabbin
Moshé Gabbay et Jacky Kadoch, président
de la communauté juive locale de Marrakech.
La
seconde synagogue est baptisée au nom de «
Pinhas Cohen » située dans le quartier
d’Arset el Maach à la sortie du Mellah
après les « Touaregs. L’office Arvit
est l’unique qui a lieu dans cette « Maison
» restaurée.
Enfin,
la troisième celle de « Beth El »
crée par Henri Cadoch Z »al, le père
de Jacky, située au Guéliz face au Centre
Américain ouverte surtout le shabbat et les jours
de fête et animée par le Rabbin Moshé
Gabbay.
La
Slat el Azama est la plus ancienne des synagogues, crée
dès 1495 après l’expulsion des juifs
d’Espagne du temps de l’Inquisition.
Certains
racontent que dans le vieux Mellah, la première
synagogue fut bâtie par le Rabbin Mordekhai Ben-Attar.
La
population Juive de Marrakech
Composition
de cette population Juive: 135 âmes juives vivant
encore à ce jour à Marrakech. 50 % de
la population a plus de 70 ans. 10 % de la population
est démunie et sans ressources, elle est entretenue
par la Communauté Juive. 30 % de la population
vit dans des conditions socio-économiques plutôt
modestes. Enfin, 60 % de la population appartient à
une catégorie socio-professionnelle ayant une
bonne qualité de vie.
Voici
un texte de notre ami Joseph
Dadia (et Coll.), Président-fondateur
de l’"association des Juifs originaires de
Marrakech" où il nous livre une description
et une illustration de Marrakech, de son Mellah et de
ses Juifs d’autrefois, à son image, claire
et transparente parue à Paris, le 18 Novembre
1990 dans: "Le Mellah de Marrakech: esquisse historique
" In.: La Saga des Juifs de Marrakech. Le Souffle
Vespéral. Bourg-la-Reine (France), Trait d'Union.
Association des Juifs de Marrakech. 112, Boulevard du
Maréchal-Joffre 92340 Bourg-la-Reine, Premier
Volume, Numéro Spécial, N°16, Mai
1993, pp. 107-110.
"Avant
Marrakech-la-Rouge-sur-l'Oued-Tensift, ses palmiers
et ses murailles, son beau ciel azuré et son
horizon aux cimes éternellement enneigées,
sa place Djemaâ-El-Fna et sa Koutoubia, ses souks,
ses jardins, ses palais et sa kasbah, il y avait Aghmat
et Tasghimout, où la présence juive, comme
en terre marocaine, remonte à des temps immémoriaux.
Aghmat
a eu son époque de splendeur et elle fut la résidence
des rois des Mas'mouda, avant d'être détruite
au XI° Siècle par les Almoravides.
Fondée
en 1062 par Youssef Ibn Tachfin, Marrakech resta longtemps
interdite aux Juifs, qui continuaient à vivre
à Aghmat-Ourika, à 40 Km au Sud-Est de
la ville. Ils étaient autorisés à
y pénétrer le jour pour leurs affaires
personnelles et commerciales, mais ne pouvaient y passer
la nuit. Avec l'avènement d'une nouvelle dynastie
au Maroc, celle des Chérifs Sâdiens, Marrakech
était devenue la Capitale de l'Empire. . Elle
reçut un nombre de réfugiés Juifs
d'Espagne et de Portugal, des anciens marranes de la
péninsule Ibérique, des Iles Canaries
et même des lointaines Antilles. Tout ce monde
s'était installé dans deux quartiers différents,
les Beldiyyin (Juifs autochtones, en hébreu Tochabim),
continuant de vivre par petits groupes épars
au milieu des Musulmans. Puis, il semble que Mégorachim
(Expulsés d'Espagne) et Beldiyyin se soient pour
la plupart groupés dans un seul quartier, celui
de Mouassine. " Le quartier des Juifs , nous dit
Marmol, était autrefois au milieu de la ville,
en un lieu où il y a plus de trois mille maisons
", soit quinze mille personnes, d'après
l'estimation faite par Diego de Torrès.
Les
Juifs de Marrakech, à cause du scandale provoqué
par une musulmane qui accusait faussement un Juif de
l'avoir maltraitée, quittèrent le Mouassine,
pour s'installer près de Bab Aghmat, afin qu'ils
fussent séparés des Muslmans, en un quartier
fermé de tous côtés de muraille,
sans avoir qu'une porte qui va à la ville, et
une autre petite qui répond à leur cimetière,
et dans cette enceinte sont bâties plusieurs maisons
et synagogues.
Le
Mellah de Marrakech fut fondé en 1557 (pour la
tradition orale 1577 / 5317). C'est le Sultan Moulay
Abd Allah Al Ghalib Billah qui les réunit tous
dans le Mellah, qui existe encore de nos jours sous
le nom de Hay Salam (habité par des Musulmans),
à proximité de la Qasbah et du Palais
Royal. En ces temps là, le Mellah était
un beau quartier avec de belles maisons et des jardins,
un quartier vaste et agréable, où les
marchands chrétiens n'obtenaient même pas
l'autorisation de s'établir. Mais tous les Agents
et Ambassadeurs des Princes étrangers pouvaient
y habiter. D'après la tradition, rapportée
par José Benech, le Grand Rabbin de la Communauté
emmura dans la porte de la nouvelle Cité un parchemin
sur lequel il avait écrit une prière.
Le
Mellah de Marrakech fut jusqu'en 1936 le plus important
du Maroc, avec une population juive de 50 307 habitants
au 1° Mars 1947.
Le
Mellah est un quadrilatère de 18 ha avec fondouks,
synagogues et rues commerçantes. Il s'étire
en deux longues rues coupées de quelques transversales.
Vers la fin du xix° Siècle, les deux extrémités
du Mellah englobèrent vers l'Ouest un ancien
terrain vague, sur lequel a été édifié
le Mellah Djedid, jouxtant l'arcade de vénéré
Saint Rabbi Mordekhaï Ben Attar, et vers l'Est,
le jardin potager de Djnan-El-Afia (pour une grande
partie devint la quartier de la Bhira), dans le voisinage
du Cimetière antique.
En
1935, le Mellah déborda et absorba les Touareg,
Qsibt Nhas, le quartier de l'Arst-El-Maâch, celui
de la Bahia et poussa ses quartiers jusqu'en Médina.
Un pas de plus et les familles aisées s'installèrent
dans le quartier européen du Guéliz "
C’est
ce Mellah de Marrakech vidé aujourd’hui
de ses juifs et se transformant en maisons Riads somptueuses
qui est en mutation. La mémoire de ses habitants
ayant atteint le pic des 50 307 habitants en 1947 a
été complètement emportée
en Israël, en France, au Canada, et dans d’autres
pays d’immigration. Il ne reste que 175 âmes
juives à ce jour à Marrakech et nous avons
le nouveau devoir de mémoire de les interviewer
pour aligner leurs sentiments et leurs derniers souvenirs
racontés.
…Le
Mellah de Marrakech Maroc visité par un voyageur
britannique lors de la Révolution Française
(1789) : Hommage à la beauté des femmes
Juive de Maroc ". Bourg-la-Reine (Fance), Trait
d'Union - Association des Juifs de Marrakech : 112,
Boulevard du Maréchal-Joffre 92340 Bourg-la-Reine,
Premier Volume, Numéro Spécial, N°16,
Mai 1993, p. 111 pour reprendre le texte de Joseph Dadia
:
"
Le 14 Septembre 1789, William Lemprière, médecin
anglais débarqua sur la terre "de Maroc"
pour soigner le fils de l'Empereur Muley Absulem. Son
périple donna naissance à un long carnet
de voyage, publié en 1990 par Sylvie Messinger,
éditrice à Paris 6°, 24, Rue de l'Abbé
Grégoire, dans la Collection "les Pas de
Mercure", sous le titre "Voyage dans l'Empire
de Maroc et au Royaume de Fez" (avec le sous-titre
: un médecin anglais pénètre dans
le Harem). Je crois bon de signaler cet ouvrage en raison
de ses renseignements précieux sur l'Empire de
Maroc de la fin du 18° Siècle et sur les
Juifs de cette époque : Tanger, Asilah, Larache,
Salé, Rabat (où les Juifs sont nombreux),
Casablanca (Eh oui ! Ses melons délicieux, rivière
qui donna son nom à la ville), Fédala,
Azemmour (j'eus la visite d'un Juif vêtu à
l'européenne), Safi, (je logeais dans une maison
Juive), Essaouira, Agadir, et bien sûr Meknès,
Fès…Sur le Mont Atlas, les Juifs ont bâti
quelques villages. Taroundant et Maroc (Marrakech) occupent
une place importante dans l'ouvrage. A Taroundant, la
juiverie est un misérable faubourg à un
quart de lieu de la ville : la maison où j'allais
occuper une chambre bien sale, bien étroite et
sans fenêtre, appartenait au juif le plus considérable
de Taroundant." Lemprière arriva à
Maroc le 8 Décembre 1789 : "Je m'établis
dans le quartier des Juifs, où je trouvais un
assez bon logement…Les craintes que j'éprouvais
dans une situation aussi critique n'étaient adoucies
que par le plaisir que je trouvais dans mon nouvel établissement.
J'étais logé chez des gens honnêtes;
leur maison était spacieuse, bien éclairée
et dans un quartier retiré".
Dr.
Arrik Delouya (Ph.D-Sociology)
Sociologist Research Worker & Writer
Président & Fondateur des "Permanences
du Judaïsme Marocain"