La
loi de la jungle ou la recherche de l’Unité
par André NAMIECH
La
loi de la jungle ou la recherche de l’Unité
(Réflexions d’après le livre de Meyer
Jaïs : « Un Juif c’est quoi ? »
et le livre du professeur Benjamin Gross : « Un
monde inachevé »)
Depuis
longtemps, des hommes sages et des philosophes se sont
posé la question : « Comment faire pour
que l’espèce humaine parvienne à
atteindre le stade ultime de l’évolution
de sa conscience, afin que les valeurs morales : respect
de la vie, fraternité et solidarité universelle,
deviennent effectivement « la loi suprême
» sur toute la terre pour assurer sa survie ?
»
Historiquement,
l’espèce humaine est apparue sur terre,
il y a des millions s’années, aussi sauvage
que les autres espèces animales. Elles avaient
en commun les mêmes instincts de survie et les
mêmes instincts sexuels afin d’assurer la
pérennité de l’espèce. Comme
on l’observe encore aujourd’hui, ces instincts
consistaient à tuer d’autres espèces
animales plus faibles, pour se nourrir. Lorsque les
« proies » se raréfiaient, il fallait
étendre le territoire de chasse, ce qui exigeait
d’empiéter par la force sur les territoires
des « voisins » et de leur faire la guerre.
Avec
l’augmentation de la population dans le monde
et la pénurie des ressources naturelles, les
hommes ont dû se grouper en familles, en tribus,
en clans, en régions, pour former des groupes
toujours plus nombreux et plus puissants.
Le
sentiment d’appartenir à une même
communauté d’intérêts n’a
pas changé. « C’est contre tous les
autres hommes que l’on aime ceux avec lesquels
on vit… Si l’homme « civilisé
» diffère du « primitif »,
c’est uniquement par la masse de connaissances
et d’habitudes accumulées à travers
les siècles. Mais chez l’un comme chez
l’autre, le fond demeure le même…
Les tendances congénitales reprennent immédiatement
le dessus dès qu’elles en ont la possibilité.
Voyons par exemple ce qui se passe pendant les guerres
: Instantanément, le meurtre, le pillage, la
perfidie, la fraude, le mensonge ne deviennent pas seulement
licites, ils deviennent méritoires... »
(H. Bergson).
« Chasser le naturel, il revient au galop »
dit le proverbe
La
raison d’Etat :
Ajoutons
à cela que le « salut du peuple »
justifie absolument tout. L’Etat, qui a la responsabilité
de la sécurité et du bien être des
citoyens, a tous les droits. La raison d’Etat
est la suprême raison. Le Bien est ce qui est
utile à la cité ; le Mal, ce qui lui est
contraire. Les gouvernements sont par essence amoraux.
Le divorce entre la politique et la morale est total.
S’il en est ainsi, c’est que les nations,
petites ou grandes, déjà évoluées
ou en voie de développement, considèrent
qu’elles ont leur fin en elles-mêmes. Elles
ne se reconnaissent qu’un seul devoir : celui
de se conserver, de durer. Pour y arriver, il leur faut,
croient-elles, élargir sans cesse leur espace
vital, leurs richesses, au détriment de leurs
voisins les plus faibles.
La volonté de puissance et d’hégémonie
n’est neutralisée que par « l’équilibre
de la terreur ».
Puisqu’on
ne peut compter sur les nations elles-mêmes pour
renoncer à la violence, se convertir à
la morale, ériger les « droits de la personne
humaine » en impératifs catégoriques
reconnus par tous comme inviolables, c’est que,
nous dit H. Bergson, « l’on ne parviendra
pas à cette fraternité universelle en
comptant seulement sur la « dilatation naturelle
» des vertus familiales et civiques. On ne s’acheminera
pas « naturellement et graduellement » du
patriotisme, à l’amour de l’humanité
toute entière ».
Pourtant,
Abraham a été l’un des premiers
(parmi d’autres sans doute), à penser que
la solution était de transformer l’homme
dans ses habitudes et de le détacher des liens
qui le retenaient prisonniers de ses gênes ancestraux.
La Torah nous dit qu’une « voix céleste
» aurait ordonné à Abraham : «
Eloigne-toi de ton pays, de ton lieu natal, et de la
maison paternelle, et va vers le pays que je t’indiquerai…
Par toi, toutes les races de la terre seront heureuses
»…
C’est ainsi qu’un nouveau défi de
taille était lancé à l’homme
: la transformation profonde de ses mœurs primitives
et une nouvelle prise de conscience pour sauver l’humanité.
Cette
injonction nous paraît d’autant plus actuelle
et urgente, que l’homme dispose aujourd’hui
de moyens de destruction massive capables d’effacer
toute trace de vie sur la terre, et même d’affecter
l’Univers...
En
effet, si la Vie devait disparaître de la terre,
par la faute de l’homme, cela aurait certainement
des conséquences inimaginables sur les lois mystérieuses
de l’Univers dont nous faisons partie intégrante…
La Torah nous a révélé que, par
sa double nature : physique et spirituelle, l’homme
(fait à l’image de Dieu), participe à
la fois à l’immanence de la vie terrestre,
mais aussi à la transcendance de la vie spirituelle.
Cette double appartenance de l’homme est confirmée
par la Genèse : « Comme les autres espèces
animales, l’homme a été créé
depuis la poussière de la terre, mais Dieu l’a
choisi pour lui insuffler un souffle divin, et l’homme
devint une âme vivante ».
C’est
pourquoi une course contre la montre est déjà
enclenchée entre l’évolution technique,
toujours plus efficace et destructrice, mise entre les
mains de personnes irresponsables, et l’évolution
de la conscience universelle qui prend un retard inquiétant...
C’est
peut-être pour cela « qu’une voix
céleste » est intervenue, à l’époque
des prophètes, pour nous mettre en garde contre
un usage abusif et irréfléchi de l’extension
de nos capacités cérébrales et
intellectuelles qui, si elles continuent à être
mal comprises et mal utilisées, nous conduira
à une auto-destruction…
Faut-il
compter sur une nouvelle « voix céleste
» pour combler ce retard, avant qu’il ne
soit trop tard ? Quel nouveau prophète ou messie
sera-t-il appelé pour annoncer la nécessaire
transformation de nos instincts primitifs, sous peine
d’extinction, comme se fut le cas pour Sodome
et Gomor ? Il est à craindre que cette fois nous
n’aurons plus de « seconde chance ».
Israël
: salut de l’Humanité ?
Force
est de reconnaître que les efforts d’Abraham,
ainsi que de tous les prophètes qui l’ont
suivi, n’ont pas réussi à accomplir
cette transformation radicale de la nature humaine.
Si le salut de l’humanité ne peut venir
d’un seul homme, alors pourrait-on l’attendre
d’un peuple ?
C’est ce que pensait le prophète Bilaam
: « Voici une nation qui demeure à part,
et qui ne peut être rangée parmi les autres
».
Cette
« unicité irréductible » tient
au fait que tous les autres peuples sont le produit
de leur sol, de leur terre. Ils sont « prisonniers
» de leur statut, esclaves de leur nature qui
leur impose de ne chercher leur fin qu’en eux-mêmes,
sous peine de disparaître. Pour un Juif, il y
a « autre chose » : Israël est le produit
d’un « projet et d’une vocation sacerdotale
»…
C’est de cette « autre chose » que
la Torah qui nous a façonnés, nous dit
qu’en tant que peuple, Israël a été
façonné de toutes pièces, à
partir d’un choix et d’un appel célestes.
L’Alliance du Sinaï marque l’instant
où tout un peuple s’est donné comme
unique raison : La défense des valeurs
morales.
Mais,
toute vocation, tout appel est en réalité
une réponse à la double quête :
de Dieu vers l’homme et de l’homme vers
Dieu. Tout comme Abraham, le peuple d’Israël
se sent porteur d’un idéal qui dépasse
celui du reste de l’humanité. Mais il importe
que l’humanité comprenne et s’emploie
à faire régner cet idéal dans ce
monde.
Cette
tâche en incombe maintenant aussi bien à
la conscience humaine individuellement, qu’aux
sociétés. Leur devoir est de se libérer
de leurs tendances congénitales et d’unir
leurs forces au service de la Justice et de la Paix,
avant qu’il ne soit trop tard.
Et
pour résumer ces réflexions, je voudrais
citer encore le professeur Benjamin Gross qui, dans
son livre magistral « Un monde inachevé
» (Edit. Albin Michel), a écrit :
«
La philosophie biblique de l’histoire humaine
se définit par la maturation irréversible
de l’humanité, appelée à
actualiser pleinement ses potentialités, afin
de réaliser sa vocation ultime…
« Ce principe général trouve son
application dans toutes les dispositions qui définissent
la condition humaine, et concerne donc également
celle de l’UNITE.
« L’unité du genre humain,
affirmée dès le départ comme un
postulat, doit être assumée progressivement
au cours du cheminement de l’Histoire.
« L’unité, pas plus celle de Dieu
que celle de l’homme ou du genre humain, ne relève
du domaine de l’expérience ; cette notion
participe d’une vision d’avenir qui perçoit,
derrière la multiplicité de nos expériences,
un appel venu d’ailleurs qui sollicite notre œuvre
».
…«
En ce jour là, Dieu sera UN et UN sera son NOM
» (Zacharie).
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