Comment
Israël a forgé la défaite des Palestiniens en brisant l'asymétrie
du conflit
Après de
quatre ans après son déclenchement, la phase actuelle du
conflit israélo-palestinien (aussi appelée Intifada d'Al
Aqs) témoigne de l'échec retentissant des méthodes terroristes.
Elle montre également qu'un État et ses forces armées peuvent
gagner un conflit asymétrique.
Le 31 août dernier, 2 membres du groupe
terroriste Hamas ont perpétré un double attentat-suicide
dans la ville israélienne de Beersheba, le premier par voie
terrestre depuis presque 6 mois, qui a fait 16 morts et
100 blessés parmi les passagers de deux bus ; les terroristes
ont emprunté un itinéraire évitant la barrière de sécurité
en cours de construction. Le lendemain, les autorités israéliennes
ont annoncé la reprise des assassinats ciblés sur les groupes
terroristes palestiniens, alors que les forces de défense
israéliennes (FDI) ont effectué un raid à Hébron afin de
détruire les maisons où vivaient les terroristes.
«...
Le rôle de l'armée israélienne n'est plus en premier lieu
de vaincre les armées arabes, mais de protéger la population
israélienne et de convaincre celle-ci qu'elle est raisonnablement
protégée. »
Une
semaine plus tard, les forces aériennes israéliennes ont attaqué
un groupe de terroristes s'entraînant à l'air libre, dans
la bande de Gaza, et leurs missiles ont tué 15 d'entre eux.
Les 13, 19 et 20 septembre, des frappes aériennes ciblées
ont également abouti à la mort de 6 responsables des organisations
terroristes palestiniennes. Celles-ci ont proférées des menaces
enflammées qui n'ont cependant pas été concrétisées, alors
que les tirs de roquettes Qassam ont commencé à être déjouées
dans la ville de Sderot par l'installation d'un système d'alerte.
Le
mercredi 15 septembre, une unité clandestine de la police
frontalière israélienne a surpris des membres recherchés
du Fatah dans un café de Jénine, abattant 4 d'entre eux
et en capturant 4 autres ; le même jour, des commandos de
la marine avaient tué 5 membres d'une organisation terroriste
palestinienne à Naplouse, alors que la veille des soldats
de l'unité de reconnaissance de la brigade Golani avaient
abattu un responsable du Jihad islamique dans un camp de
réfugiés de Tulkarem, après avoir cerné sa maison et tenté
de le capturer.
Ce
récit lacunaire ne vise pas à résumer les actions des belligérants
respectifs dans le conflit israélo-palestinien. Il indique
simplement qu'après 4 ans d'efforts, de sacrifices, de pertes
et de blâmes, Israël est parvenu à prendre un avantage décisif,
à rompre la logique paradoxale du processus action/réaction
en développant des méthodes contre lesquelles les Palestiniens
sont démunis. Comprendre pourquoi ceux-ci ont perdu une
guerre qu'ils ont déclenchée dans l'espoir d'une victoire
rapide revient à se plonger au cour des méthodes asymétriques
et de leurs effets.
Le
choc de deux sociétés antagonistes
Lorsque
l'Intifada d'Al-Aqsa a éclaté, le 29 septembre 2000, la
population palestinienne a massivement suivi ses dirigeants
dans leur ardeur combattante. Conditionnés par tout un système
éducatif et médiatique visant à diaboliser les Juifs et
nier le droit à l'existence d'Israël, les Palestiniens ont
été chauffés à blanc par l'exploitation cynique d'événements
biaisés, comme la visite d'Ariel Sharon au Mont du Temple
/ Esplanade des Mosquées ou la mort filmée du petit Mohammed
Al-Doura et faussement attribuée aux FDI. L'expression populaire
et frénétique de leur haine témoignait de leur détermination,
en particulier celle des nombreux jeunes en quête d'un statut
que le développement économique dû aux Accords d'Oslo ne
pouvait assurer.
A
la même époque, la population israélienne était au contraire
divisée et découragée par l'éloignement flagrant d'une paix
tant espérée, malgré le retrait précipité du Sud Liban,
et par l'incapacité croissante du Gouvernement Barak à fournir
des réponses efficaces aux attaques palestiniennes. Encore
sensibles à l'opinion internationale, les Israéliens ont
en outre été touchés par les accusations proférées à leur
encontre, et en particulier celle consistant à expliquer
les violences qu'ils subissaient par leur occupation pourtant
bien amenuisée des territoires palestiniens. La formation
d'un Gouvernement Sharon d'union nationale témoignera d'ailleurs
de ces divisions en soulignant la nécessité de les surmonter.
Les
deux sociétés qui s'affrontent ouvertement depuis 4 ans
se trouvaient donc à cet instant dans une situation bien
différente. Les Palestiniens voyaient dans le conflit un
enjeu existentiel, à la fois important et urgent, qui leur
conférait une supériorité psychologique et morale évidente
; leur volonté confinant parfois au fanatisme et leur croyance
en la valeur morale de leur cause aboutiront à l'usage des
méthodes les plus radicales. Les Israéliens, dans leur majorité,
pensaient au contraire que les territoires et le sort des
colonies constituaient l'enjeu du conflit, dont le caractère
sectoriel et distant explique leur non mobilisation. Malgré
cela, Israël pouvait s'appuyer sur une supériorité physique
et cognitive écrasante, grâce aux capacités militaires de
son armée et au savoir fourni par ses services de renseignements.
Les
Palestiniens ont tenté d'emblée d'exploiter les faiblesses
de leurs adversaires en cherchant à affecter leur volonté
et leur légitimité : leurs attaques directes de la population
israélienne, par des tirs de mortiers, des mitraillages
et des attentats à l'explosif, visaient à la décourager
quant à toute issue positive au conflit ; leurs attaques
directes du Gouvernement israélien et de ses forces de sécurité,
par des accusations outrageuses relayées par les médias,
visaient à susciter des condamnations morales les empêchant
d'utiliser la force de manière décisive. Les premiers mois
du conflit ont démontré l'efficacité de ces méthodes, sur
le plan national par la place accordée aux activistes gauchistes
et pacifistes, avocats d'un renoncement unilatéral à toute
résistance, et plus encore sur le plan international par
la perception majoritaire des médias, contempteurs systématiques
d'Israël.
Le
choc de deux sociétés antagonistes
Lorsque
l'Intifada d'Al-Aqsa a éclaté, le 29 septembre 2000, la
population palestinienne a massivement suivi ses dirigeants
dans leur ardeur combattante. Conditionnés par tout un système
éducatif et médiatique visant à diaboliser les Juifs et
nier le droit à l'existence d'Israël, les Palestiniens ont
été chauffés à blanc par l'exploitation cynique d'événements
biaisés, comme la visite d'Ariel Sharon au Mont du Temple
/ Esplanade des Mosquées ou la mort filmée du petit Mohammed
Al-Doura et faussement attribuée aux FDI. L'expression populaire
et frénétique de leur haine témoignait de leur détermination,
en particulier celle des nombreux jeunes en quête d'un statut
que le développement économique dû aux Accords d'Oslo ne
pouvait assurer.
A
la même époque, la population israélienne était au contraire
divisée et découragée par l'éloignement flagrant d'une paix
tant espérée, malgré le retrait précipité du Sud Liban,
et par l'incapacité croissante du Gouvernement Barak à fournir
des réponses efficaces aux attaques palestiniennes. Encore
sensibles à l'opinion internationale, les Israéliens ont
en outre été touchés par les accusations proférées à leur
encontre, et en particulier celle consistant à expliquer
les violences qu'ils subissaient par leur occupation pourtant
bien amenuisée des territoires palestiniens. La formation
d'un Gouvernement Sharon d'union nationale témoignera d'ailleurs
de ces divisions en soulignant la nécessité de les surmonter.
Les
deux sociétés qui s'affrontent ouvertement depuis 4 ans
se trouvaient donc à cet instant dans une situation bien
différente. Les Palestiniens voyaient dans le conflit un
enjeu existentiel, à la fois important et urgent, qui leur
conférait une supériorité psychologique et morale évidente
; leur volonté confinant parfois au fanatisme et leur croyance
en la valeur morale de leur cause aboutiront à l'usage des
méthodes les plus radicales. Les Israéliens, dans leur majorité,
pensaient au contraire que les territoires et le sort des
colonies constituaient l'enjeu du conflit, dont le caractère
sectoriel et distant explique leur non mobilisation. Malgré
cela, Israël pouvait s'appuyer sur une supériorité physique
et cognitive écrasante, grâce aux capacités militaires de
son armée et au savoir fourni par ses services de renseignements.
Les
Palestiniens ont tenté d'emblée d'exploiter les faiblesses
de leurs adversaires en cherchant à affecter leur volonté
et leur légitimité : leurs attaques directes de la population
israélienne, par des tirs de mortiers, des mitraillages
et des attentats à l'explosif, visaient à la décourager
quant à toute issue positive au conflit ; leurs attaques
directes du Gouvernement israélien et de ses forces de sécurité,
par des accusations outrageuses relayées par les médias,
visaient à susciter des condamnations morales les empêchant
d'utiliser la force de manière décisive. Les premiers mois
du conflit ont démontré l'efficacité de ces méthodes, sur
le plan national par la place accordée aux activistes gauchistes
et pacifistes, avocats d'un renoncement unilatéral à toute
résistance, et plus encore sur le plan international par
la perception majoritaire des médias, contempteurs systématiques
d'Israël.
Le
recours généralisé à l'attentat-suicide, démonstration ultime
de la volonté palestinienne, a cependant modifié la dynamique
du conflit. L'application de cette arme employée régulièrement
durant le processus d'Oslo s'est produite le 26 octobre
2000 déjà, sans faire d'ailleurs faire de victime ; il faudra
attendre le 3 mars 2001 pour assister au premier attentat-suicide
meurtrier de cette phase du conflit. Pourtant, l'augmentation
drastique du nombre d'attentats et le fait que ceux-ci seront
dès 2002 responsables de la majorité des pertes en civils
israéliens illustrent la conviction majoritaire des Palestiniens,
selon laquelle les bombes humaines avaient un effet décisif
et représentaient la meilleure chance de vaincre - ou de
combattre, tant il est vrai que l'adoration du martyre et
le culte du suicide frisaient le lavage de cerveau.
A
la fin 2001, et malgré l'impact planétaire des attentats
du 11 septembre, l'Etat israélien semblait dans l'impasse,
son Gouvernement emprunté, sa population toujours divisée.
Quelques centaines de militaires refusant de servir dans
les territoires ont ainsi obtenu une publicité disproportionnée,
qui paraissait confirmer un refus d'affronter les Palestiniens
et de mener la guerre que ceux-ci avaient déclenchée. Dans
les faits, la poursuite des attentats-suicides a lentement
modifié la perception des Israéliens quant aux enjeux du
conflit et augmenté leur soutien pour l'usage de la force
armée. Le Gouvernement Sharon a progressivement mis en place
des mesures sans cesse plus coercitives, comme le retour
durable de Tsahal dans les territoires, et surtout déclenché
des actions toujours aussi controversées : l'assassinat
ciblé des chefs terroristes et la destruction des maisons
où vivaient les auteurs d'attaques terroristes.
Le tournant du conflit
se produira au début du printemps 2002 : un attentat-suicide
lors de la Pâque juive dans un restaurant de Netanya, qui
fera 28 morts dont plusieurs rescapés des camps de concentration
nazis, provoquera un basculement
décisif au sein de la société israélienne en l'obligeant
à reconnaître que son existence même est menacée, en tout
temps et partout. Cette élévation brutale des enjeux, rarement
identifiée par les commentateurs internationaux, autorisera
Ariel Sharon à déclencher pendant 24 jours la plus grande
offensive militaire israélienne depuis 1982, l'opération
« Bouclier Défensif » ; celle-ci aura pour effet de ravager
les infrastructures des groupes terroristes palestiniens,
de capturer ou d'éliminer la majorité de leurs cadres, de
prouver l'implication de l'Autorité palestinienne dans les
attaques, de saisir une quantité énorme de renseignements,
mais aussi de ternir encore davantage l'image d'Israël dans
le monde entier.
A cette époque, l'Intifada d'Al-Aqsa était
clairement devenue une nouvelle guerre israélo-arabe, un
choc entre deux sociétés totalement antagonistes et résolues
à employer la force pour résoudre leur différend originel.
L'efficacité réelle de l'opération « Bouclier Défensif »
était alors sous-estimée par la majorité des commentateurs,
enclins à déplorer le fameux « cycle de la violence » et
à gloser sur le « massacre » prétendu de Jénine ; en ce
qui me concerne, malgré un jugement correct de cette opération
et du sursaut de la société israélienne, je n'avais pas
saisi à quel point les forces de sécurité israéliennes allaient
exploiter les résultats obtenus et poursuivre sans relâche
leurs efforts. La stratégie qui était alors développée et
appliquée, sous les ordres d'un Ariel Sharon lucide et inflexible,
finira pourtant par forger la défaite des Palestiniens et
briser l'asymétrie meurtrière de leurs actions.
La
fin de l'asymétrie palestinienne
Le
premier volet de cette stratégie a consisté à préserver
la légitimité des actions ordonnées par le Gouvernementales
et exécutées par ses forces de sécurité, une condition essentielle
dans toute démocratie sous peine de perdre le soutien de
l'électorat, et alors même que cette légitimité était précisément
combattue par des organisations non gouvernementales influentes
dans les cercles médiatiques et académiques. Les autorités
politiques et militaires israéliennes ont reconnu que la
communauté internationale avait depuis trop longtemps adopté
une position pro-palestinienne pour être touchée de manière
significative, mais qu'en parallèle son opinion n'avait
qu'une importance marginale sur celle de la société israélienne.
Les beaux discours émis à Genève ou New York n'ont guère
de valeur dans les rues ensanglantées de Jérusalem ou Tel
Aviv.
C'est
l'usage ciblé de la force et le souci de la légalité qui
ont préservé et renforcé cette légitimité aux yeux des Israéliens.
Les opérations militaires ont ainsi recherché à minimiser
les dommages collatéraux, malgré les accusations d'abus
systématiques émises par les porte-parole palestiniens et
malgré l'usage systématique de boucliers humains par les
combattants palestiniens. Les actions entraînant la mort
d'un nombre disproportionné de non combattants par rapport
à la nécessité militaire, comme l'exécution de Salah Shehadeh
en juillet 2002 par une bombe d'une tonne qui fit 15 morts,
ont ainsi fait l'objet d'enquêtes judiciaires ; dans la
mesure où les abus moindres sont également rapportés à la
justice militaire, ce sont plus de 500 enquêtes qui ont
été menées en 4 ans. Le respect du droit national, illustré
par les décrets de la Cour suprême israélienne, a également
joué un rôle majeur.
Le
deuxième volet de la stratégie israélienne a consisté à
contrer l'offensive palestinienne dans le domaine psychologique
et à saper la volonté des combattants comme de la population.
La liquidation des responsables terroristes est ainsi devenue
une pratique régulière : du 9 novembre 2000 à nos jours,
mais surtout depuis l'automne 2001, au moins 160 cadres
des organisations terroristes palestiniennes ont été tués
par des frappes aériennes ou des raids terrestres. Cette
attrition ravageuse a été rendue possible par la précision
de leur exécution, reposant essentiellement sur des missiles
air-sol à guidage laser ainsi que sur des forces spéciales
de première qualité, mais aussi par l'excellence du renseignement
israélien, capable de traquer des individus précis et d'annoncer
les rares instants où ils quittent la protection de la foule.
Cette omniscience meurtrière a largement contribué à paralyser
le Hamas, le Djihad islamique et les Brigades d'Al Aqsa.
Les
Israéliens ont également décidé d'affecter la volonté des
plus bas échelons en détruisant les maisons habitées par
les auteurs d'attentats terroristes ou abritant un trafic
lié à ceux-ci : selon l'ONG pacifiste israélienne B'Tselem,
612 maisons ont été complètement détruites entre octobre
2001 et mi-septembre 2004. Tout aussi controversée que les
assassinats ciblés, mais possédant un caractère punitif
jetant le doute sur sa légalité, cette mesure a néanmoins
eu pour effet de déprécier la valeur du martyre au sein
des familles palestiniennes et de décourager nombre de candidats
potentiels à l'attentat-suicide. Conjuguée à la suppression
des primes versées par le régime de Saddam Hussein aux familles
des « islamikazes », elle a forcé les bombes humaines à
se soucier des conséquences de leurs actes - provoquant
ainsi une multiplication des redditions.
Le troisième volet de la
stratégie israélienne a consisté à exploiter la supériorité
militaire et financière de l'Etat juif pour retirer aux
terroristes palestiniens la possibilité matérielle de commettre
des attentats. Le retour massif de Tsahal en Cisjordanie,
ses incursions fréquentes sur l'ensemble des territoires
palestiniens, ses nombreux checkpoints le long de la ligne
verte et ses restrictions drastiques à la circulation des
Palestiniens ont rendu bien plus difficile l'infiltration
des terroristes jusqu'à leur objectif : alors qu'au premier
semestre 2001 les deux tiers des tentatives d'attentats
étaient couronnés de succès, cette proportion a rapidement
chuté dès l'été 2002 pour s'établir à près de 11% pour le
premier semestre 2004. La mobilisation progressive de la
société israélienne et la multiplication des agents de sécurité
privés a également contribué à cette évolution.
Cependant, l'outil décisif en ce domaine
reste la barrière de séparation en cours d'achèvement. Impensable
en 2000, cette barrière d'une longueur prévue de 720 km
s'est peu à peu imposée dans les esprits israéliens au fil
des attentats terroristes comme la meilleure solution pour
y mettre un terme, ainsi qu'un dispositif similaire autour
de la bande de Gaza l'a montré. Sa construction a débuté
en mai 2002, et aujourd'hui plus d'un tiers du tracé a été
construit, essentiellement le long de la Ligne verte ; contrairement
à l'appellation de « mur » souvent lue ou entendue, moins
de 5% de la barrière est constituée de béton. Il n'en demeure
pas moins qu'elle vise à protéger plusieurs colonies établies
sur les territoires palestiniens et que l'on peut douter
de sa nature provisoire, ce qui préfigure une annexion future.
Dans l'immédiat, la barrière remplit ses promesses et diminue
drastiquement le nombre de candidats à l'attentat-suicide
parvenant à s'infiltrer en Israël.
Ces trois volets sont peut-être complétés
par un quatrième, difficile à prouver, et consistant à intoxiquer
les organisations palestiniennes par des informations mettant
en doute la loyauté des uns et des autres. L'éclatement
au grand jour des luttes intestines en Cisjordanie et dans
la Bande de Gaza laissent penser que des manipulations subversives,
à l'exemple de la fameuse « bleuite » employée par la France
en Algérie, sont à l'ouvre aujourd'hui. La connaissance
exhaustive que les Israéliens ont de leurs ennemis rend
parfaitement possible l'usage systématique de taupes, d'agents
doubles et de boucs émissaires dans le but de troubler,
de diviser et d'affaiblir. Même si l'impéritie et la corruption
de l'Autorité palestinienne jouent certainement un rôle
majeur dans ce processus.
Ouverte ou clandestine, cette stratégie
israélienne n'en a pas moins porté ses fruits : les Palestiniens
connaissent aujourd'hui une infériorité physique, psychologique,
éthique et cognitive qui est synonyme de défaite. Les défilés
vindicatifs dans les rues palestiniennes, qui jadis formaient
autant de démonstrations de force, sont désormais des aveux
d'impuissance. Les chefs des organisations terroristes ne
sont plus des figures populaires et se soucient avant tout
de leur propre survie. L'union sacrée de la société palestinienne
a fait place à un ressentiment nourri par la misère, les
destructions et les faux espoirs. La solidarité militante
internationale et les hordes d'activistes occidentaux portant
le keffieh ne sont plus que les idiots inutiles d'une cause
perdue, totalement étrangers aux préoccupations des Israéliens.
Alors que la première Intifada avait été un succès en amenant
Israël à considérer un accord de paix global, la deuxième
est donc un échec consommé.
Comment expliquer l'issue d'une telle guerre
asymétrique, alors même que les Etats peinent à mener ce
type de conflit ? En fait, les Israéliens sont parvenus
à « resymétriser » le conflit, d'une part en favorisant
une élévation des enjeux perçus au sein de leur société,
jusqu'à atteindre une importance et une urgence similaires
à celles de leurs ennemis, et d'autre part en agissant de
manière décisive dans les domaines d'action où les Palestiniens
avaient initialement la supériorité. Fondée par la disparité
des causes et le déséquilibre des effets, l'asymétrie subie
au début du conflit s'est transformée en une dissymétrie
ravageuse quand Israël est parvenu simultanément à combler
ses faiblesses et à exploiter ses forces. Dès que lors les
FDI ont adapté leurs modes opératoires en vue de déployer
leurs effets dans le même registre psychologique et éthique
que les organisations terroristes palestiniennes, celles-ci
ont payé le prix de leurs lacunes et de leur ignorance.
De
la victoire militaire à la protection collective
Est-il
pour autant possible d'affirmer qu'Israël a remporté la
victoire ? Infliger une défaite n'est pas automatiquement
synonyme de succès, ainsi que l'illustre la théorie de la
destruction mutuelle assurée. Le prix payé par Israël en
terme d'image et de réputation sur le plan international,
quelle que soit l'exagération ou la désinformation couramment
pratiquées par les médias, ne saurait être négligé. Le coût
humain du conflit vient également à l'esprit, avec 989 tués
et 6709 blessés du côté israélien à la date du 13 septembre
selon les FDI, dont une majorité de non combattants, contre
2990 tués du côté palestinien selon les chiffres de B'Tselem.
Les pertes subies par l'économie israélienne ont été massives,
notamment avec l'effondrement du tourisme et les restrictions
à certaines exportations, mettant un terme à une croissante
rapide (+6,4% de produit intérieur brut en 2000) et provoquant
une récession douloureuse (-0,5% en 2001, -1% en 2002).
Les
quatre dernières années ont sans aucun doute transformé
les Israéliens, puisque l'offensive palestinienne les a
menacés - directement ou non - dans leur existence quotidienne.
Elles ont placé la sécurité individuelle et collective au
centre des préoccupations et vu l'avènement d'une génération
de jeunes adultes dépourvus de toute illusion quant à une
paix avec les Palestiniens, et désireux d'assumer leur devoir
envers la patrie comme l'ont fait leurs parents et leurs
grands-parents. Pourtant, les Israéliens n'ont pas changé
leur mode de vie, et la stratégie du Gouvernement Sharon
a permis à l'économie de reprendre sa croissance : le PIB
a augmenté de 1,3% en 2003 et devrait croître de 4% cette
année, les dizaines de milliers de travailleurs palestiniens
exclus du territoire israélien ont été remplacés par une
main d'ouvre venu d'Asie, le tourisme a retrouvé le niveau
de 2001, alors que les exportations sont de nouveau à la
hausse.
La poursuite
inéluctable des violences, au moins sous la forme de roquettes
ou d'obus de mortier impossibles à intercepter, montre cependant
que la victoire claire et définitive est aussi inaccessible
que la perfection ou l'immortalité. Le rôle de l'armée israélienne
n'est plus en premier lieu de vaincre les armées arabes
sur le champ de bataille, mais de protéger la population
israélienne et de convaincre celle-ci qu'elle est raisonnablement
protégée. Cependant, cette mutation de la fonction militaire
- due avant tout à la transformation de la guerre - est
aujourd'hui une constante tout autour du globe : les capacités
de destruction propres aux armées servent essentiellement
à préserver la normalité, la stabilité et la liberté des
zones démocratiques subissant les assauts du chaos, de l'anarchie
et du fondamentalisme. Le soldat moderne n'est plus appelé
à conquérir la terre ou la défendre, mais doit au contraire
faciliter ou entraver la conquête des esprits.
S'il
est une victoire à distinguer dans le camp israélien, c'est
bien sur ce plan qu'elle se situe : la menace existentielle
du terrorisme palestinien, que le chef de l'état-major général
Moshe Yaalon évaluait à l'été 2002 aussi grave et insidieuse
qu'un cancer, a été jugulée sans que les Israéliens ne perdent
leur identité et ne bafouent leurs valeurs, c'est-à-dire
sans qu'ils ne commencent à ressembler à leurs ennemis.
Malgré les cris d'orfraie émis par les moralistes émotifs
dont regorge l'Occident, la construction de la barrière
de séparation, la destruction des maisons utilisées par
les terroristes et les détentions prolongées dans les prisons
du Néguev ne peuvent en aucun cas être comparées aux massacres
et aux perfidies dont se sont rendus coupables les Palestiniens.
L'usage mesuré de la force au service d'une politique clairement
définie a fait la preuve de son efficacité, alors que le
terrorisme aveugle s'est une fois de plus révélé contre-productif.
Une réalité que les pacifistes peineront naturellement à
admettre.
Il
va de soi que le conflit israélo-palestinien n'est pas achevé.
Bien du sang sera encore versé avant que l'existence même
d'Israël, à l'intérieur de frontières justes et défendables,
ne soit acceptée au Moyen-Orient. Pour l'heure, la faculté
des Israéliens à imposer la paix aux Palestiniens en leur
retirant la possibilité de faire la guerre produit des conditions
favorables pour un cessez-le-feu durable. Espérer davantage
serait certainement d'un optimisme déraisonnable.
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