Le
rassemblement des exilés dans leur patrie ancestrale
est la raison d'être de l'Etat d'Israël. L'aliya
(littéralement ascension) est le mot hébreu désignant
l'immigration dans le Pays d'Israël. Le mot ascension
revêt dans ce contexte une signification aussi bien
spirituelle que physique; tous les juifs sont élevés
dans la croyance que cette ascension fait partie intégrante
du judaïsme. C'est l'ultime forme d'identification avec
le peuple juif dont la vie et le destin sont indissolublement
liés à la Terre d'Israël. Depuis le début des vagues
d'aliya à la fin du XIXe siècle, plusieurs centaines
de milliers d'immigrants sont arrivés dans le pays.
Le bagage, les traditions et l'expérience apportés par
chaque vague ont été d'une valeur inestimable pour l'évolution
de l'économie moderne et de la société démocratique
et pluraliste d'Israël.
Les juifs et le Pays d'Israël
Après leur expulsion et la chute
de Jérusalem aux mains des Romains en l'an 70 de l'ère
chrétienne, la majorité des juifs furent dispersés dans
le monde entier. L'idée nationale juive ne fut cependant
jamais abandonnée, pas plus que la nostalgie du retour
dans la patrie.
Au cours des siècles, les juifs,
en plus ou moins grands nombres, ont maintenu une présence
dans le pays; un contact ininterrompu avec les juifs
de l'étranger enrichissait la vie culturelle, spirituelle
et intellectuelle des deux communautés.
Le Sionisme, le
mouvement politique du retour du peuple juif dans sa
patrie, fondé à la fin du XIXe siècle, tire son nom
du mot "Sion", synonyme traditionnel de Jérusalem et
du pays d'Israël. En réponse à l'oppression et à la
persecution incessantes qu'ils subissaient en Europe
orientale et par suite de la désillusion qui suivit
l'émancipation en Europe occidentale, les juifs, inspirés
par l'idéologie sioniste, immigrèrent en Palestine vers
la fin de dix-neuvième siècle. Ce fut la première des
vagues d'aliya de l'époque contemporaine qui allaient
transformer l'aspect du pays.
L'aliyah
le rassemblement des exilés est l'aspiration
fondamentale du sionisme et de l'Etat d'Israël.
La Loi du Retour (1950) qui confère à
tout juif le droit d'immigrer en Israël et d'y
devenir citoyen, a été votée pour
donner un contenu concret à cette cause. Depuis
l'indépendance de l'Etat, plus de deux millions
et demi d'immigrants sont arrivés dans le pays
; leurs compétences et leurs talents ont constitué
un apport incommensurable à la vie économique,
scientifique, universitaire et culturelle du pays.
La
première aliya : 1882-1903
La première aliya suivit les pogroms de Russie de 1881-1882,
la plupart des olim (immigrants) arrivant d'Europe
de l'Est; un petit nombre vint aussi du Yémen. Les membres
du Hibbat
Zion et du Bilou,
eux mouvements sionistes précurseurs qui furent les
piliers de la première aliya, avaient pour objectif
"la résurrection politique, nationale et spirituelle
du peuple juif en Palestine". Idéalistes sans expérience,
la plupart d'entre eux choisirent le mode de vie rural
et fondèrent des moshavot - des villages agricoles
fondés sur le principe de la propriété privée. Les trois
premiers villages de ce type furent Rishon Lezion, Rosh
Pina et Zikhron Yaakov. Les immigrants de la première
aliya rencontrèrent de nombreuses difficultés, notamment
le climat peu clément, des épidémies, la fiscalité turque
paralysante et l'opposition des Arabes. Ils réclamèrent
de l'aide et ne reçurent qu'une maigre assistance de
la part du Hibbat Zion, mais il obtinrent une autre
aide, plus substantielle, du baron Edmond de Rothschild.
Ce dernier accorda aux moshavot son patronage
et fournit une aide économique aux habitants, évitant
ainsi l'effondrement du projet de peuplement. Les olim
yéménites, dont la plupart s'étaient installés à Jérusalem,
furent les premiers à être employés dans le bâtiment
et ultérieurement dans les plantations d'agrumes des
moshavot.
Au total, 35 000 juifs approximativement se rendirent
en Palestine pendant la première aliya. Près de la moitié
quittèrent le pays quelques années après leur arrivée,
15 000 environ créèrent de nouvelles localités rurales
et les autres s'installèrent dans les villes.
La
deuxième aliya : 1904-1914
La deuxième aliya, survenue à la suite des pogroms
de la Russie tsariste et de l'explosion d'antisémitisme
concomitante, exerça une profonde influence sur le caractère
et l'évolution du peuplement juif moderne en Palestine.
La plupart de ses membres étaient des jeunes gens animés
par les idéaux socialistes. Bien des modèles et éléments
de l'oeuvre de peuplement rural datent de cette époque,
par exemple, les "exploitations agricoles nationales"
où les immigrants recevaient une formation; Degania
(1909); le premier kibboutz (1909); et Hashomer,
la première organisation juive d'auto-défense en Palestine.
Le quartier Ahouzat
Bayit réé à l'origine comme une banlieue de Jaffa,
devint rapidement Tel Aviv, la première ville moderne
entièrement juive. L'hébreu
redevint une langue parlée et la littérature et la presse
hébraïques virent le jour. Des partis politiques furent
créés et des organisations de travailleurs agricoles
commencèrent à se constituer. Ces pionniers posèrent
les bases du yishuv (la communauté juive) destiné
à devenir un Etat indépendant.
Au total, 40 000 juifs immigrèrent durant cette période,
mais les difficultés d'intégration et l'absence d'une
base économique stable provoquèrent le départ de près
de la moitié d'entre eux.
La
troisième aliya : 1919-1923
Cette
aliya, dans le prolongement de la précédente (qui avait
été interrompue par la Première Guerre mondiale), fut
déclenchée par la Révolution d'octobre en Russie, les
pogroms perpétrés dans ce pays, en Pologne et en Hongrie,
la conquête britannique de la Palestine et la Declaration
de Balfour. La plupart des membres de la troisième aliya
furent des jeunes haloutsim (pionniers) d'Europe
orientale. Malgré les quotas d'immigration imposés par
le regime mandataire britanique, le yishouv
comptait 90 000 membres à la fin de cette période. Les
nouveaux immigrants construisirent des routes et des
villes, et entreprirent le drainage des marécages de
la vallée de Jézréel et de la plaine de Hefer. La Fédération
générale du travail (la Histadrout) fut créée, ainsi
que les institutions représentatives du yishouv (l'Assemblée
représentative et le Conseil national) et la Hagganah.
(l'organisation clandestine de défense juive). Le peuplement
rural s'accrut et les premières entreprises industrielles
virent le jour.
La
quatrième aliya : 1924-1929
La quatrième aliya fut le résultat direct de la crise
économique et de la politique anti-juive en Pologne,
ainsi que de l'introduction par les Etats-Unis de sévères
quotas d'immigration. La plupart des immigrants appartenaient
à la classe moyenne et apportèrent des capitaux modestes
grâce auxquels ils créèrent des petites entreprises
et des ateliers. Tel Aviv se développa. Malgré les déboires
économiques que connut le yishouv, dont la
crise économique de 1926-1928, la quatrième aliya contribua
considérablement au développement des villes, à la poursuite
de l'essor industriel et à la reprise du travail juif
dans les villages. Au total, la quatrième aliya amena
en Palestine 82 000 juifs, dont 23 000 repartirent par
la suite.
La
cinquième aliya : 1929-1939
Le coup d'envoi de cette vague d'immigration fut donné
par l'arrivée au pouvoir des nazis en Allemagne (1933).
La persécution et l'aggravation de la situation des
juifs provoquèrent un essor de l'aliya en provenance
d'Allemagne et une reprise de l'aliya d'Europe orientale.
La plupart des immigrants d'Allemagne exerçaient une
profession libérale; leur impact allait se faire sentir
dans de nombreux domaines. En quatre ans (1933-1936),
174 000 juifs s'installèrent dans le pays. La prospérité
des villes s'accrut avec la création de nouvelles entreprises
industrielles, la construction du port de Haïfa et l'achèvement
des raffineries de pétrole. A travers le pays, des localités
"tour et palissade" furent créées. Durant cette période
- en 1929 et à nouveau en 1936-39 - se produisirent
de violentes attaques arabes contre la population juive
qualifiées par les Britanniques de "troubles".
Le gouvernement britannique ayant imposé des restrictions
à l'immigration, l'immigration illégale et clandestine,
dite Aliya
Bet, se développa.
En 1940, près de 250 000 juifs étaient arrivés durant
la cinquième aliya (20 000 d'entre eux repartirent par
la suite) et la population du yishouv atteignait
450 000 personnes. A partir de cette date, les vagues
d'immigration n'ont plus été systématiquement "numérotées",
ce qui ne signifie pas que l'aliya s'est tarie
L'Aliya
des jeunes
L'Aliya des jeunes fut fondée à l'origine (1933) pour
sauver les jeunes juifs de l'Allemagne nazie. Quelque
5 000 adolescents furent acheminés dans le pays avant
la Seconde Guerre mondiale et pris en charge dans des
internats de l'Aliya des jeunes; après la guerre, 15
000 autres jeunes, pour la plupart rescapés de la Shoah,
prirent leur place. Aujourd'hui, les villages de l'Aliya
des jeunes continuent à jouer un rôle décisif dans l'intégration
des jeunes nouveaux immigrants tout en offrant une seconde
chance à des milliers de jeunes Israéliens des milieux
défavorisés.
L'alya
pendant et après la Seconde Guerre mondiale : 1939-1948
L'aliya pendant
et après la Seconde Guerre mondiale
1939-1948
Pendant la Seconde Guerre mondiale,
l'effort d'aliya porta principalement sur le sauvetage
des juifs de l'Europe occupée par les nazis. Quelques
olim pénétrèrent dans le pays grâce à des visas délivrés
dans le cadre du quota imposé par le "Livre
blanc" quota; la majorité furent des immigrants
clandestins. Cette immigration, appelée Aliya Bet, arrivait
par voie terrestre et maritime, d'Europe et du Moyen
Orient, en violation des stipulations du gouvernement
mandataire.
La perte de contact avec les pays
européens, les hasards des voyages maritimes en temps
de guerre et la difficulté d'obtenir des embarcations
pour le transport des immigrants clandestins imposèrent
de sévères contraintes à l'Aliya Bet. Plusieurs bateaux
d'immigrants qui avaient réussi à gagner les côtes de
la Palestine furent renvoyés par les autorités britanniques
appliquant la législation des quotas. Un grand nombre
périt en mer ou dans l'enfer nazi en Europe.
Au cours des années 1944-1948, les
juifs d'Europe orientale cherchaient à quitter le continent
par tous les moyens. Des émissaires du yishouv,
des partisans juifs et les mouvements de jeunesse sionistes
coopérèrent dans le cadre de l'organisation Beriha (évasion),
qui permit à près de 200 000 juifs de quitter l'Europe.
La majorité d'entre eux s'installèrent en Palestine.