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Ce
héros du sionisme moderne, à la fois écrivain,
journaliste, sociologue, diplomate, fut un grand homme
de coeur et d'action.
La
souffrance humaine le déprimait et, pourtant,
stimulait son énergie. Né en Hongrie en
1860, il aperçut, très jeune encore, dans
les quartiers pauvres de Londres, toute l'indigence
cachée sous le luxe de la civilisation. Ses écrits
d'alors : Le printemps dans la misère, et Solon
Blud, rêvent déjà de relèvement
et de délivrance : "...J'entrevois la terre
joyeuse de l'avenir, des villes resplendissantes et
des jardins exhalant le parfum de l'amour..." -
"Les hommes libres et leurs corps droits, les femmes
élevant des enfants heureux dans des demeures
sans soucis, de grandes oeuvres florissant et prospréant,
et la vie développant avec art son esssence la
plus élevée."
Ces
premiers écrits d'Herzl sont proches de ses essais
d'étudiant, quand il publiait à Vienne
les Causeries frivoles et Le voyage en Espagne, de syle
alerte et déjà saisissant. Son émotion,
grandissant à la vue du monde chaotique et des
injustices humaines, fortifie sa plume acerbe et révoltée.
Les feuilletons parus à Londres, et qui ne semblent
d'abord que de simples articles de presse, formeront
un bel ensemble philosophique, reflets, au jour le jour,
de l'humanité agitée, trompeuse, trompée.
Herzl était à Paris le correspondant du
journal viennois : La Neue frei Presse. Il était
très estimé comme critique, à l'aube
d'une existence au-devant de laquelle tous les succès
accouraient, lorsque l'affaire Dreyfus éclata.
Le grand polémiste fut douloureusement frappé
de voir l'antisémitisme s'insinuer dans une nation
généreuse comme la France, dont l'esprit
l'avait conquis. Il ne connaissait guère le judaïsme;
il se pencha sur l'histoire juive, cette admirable leçon
d'énergie et d'amour. Et il conçut l'espoir
de créer, pour ses frères du monde entier,
une nation où ils puissent épanouir leurs
aspirations et leurs capacités.
C'est
alors qu'en une inspiration fiévreuse et frémissante,
il écrivit à Paris son Etat juif. Il n'avait
lu ni Hess ni Pinsker, mais avec la force du génie,
il lève l'étendard du sionisme. Dans ce
livre, Herzl pose la question du judaïsme national
comme une question mondiale, devant intéresser
toutes ces puissances : "Il faudrait aux Juifs
un Etat, dans un pays dont ils auraient la souveraineté.
Il suffirait aux nations d'accorder aux masses juives
malheureuses, un petit coin de terre, que le judaïsme
aurait la charge d'organiser et de faire prospérer."
Herzl
se heurte, en occident, à une incompréhension
farouche. En France, en Angleterre, Autriche, on le
traite de rêveur et d'utopiste dangereux. Il obtient
à grand'peine une entrevue avec le baron de Hirsch,
mais ne parvient pas à convaincre ce généreux
philanthrope de l'utilité de ses projets. Cependant,
deux âmes enthousiastes vibrent au rêve
Herzlien, et ces deux amitiés profondes seront
pour le grand pionnier un réconfort : c'est,
à Paris, le docteur Max Nordau, médecin
et philosophe réputé dans le monde entier
pour ses courageuses critiques littéraires; c'est
à Londres, le merveilleux poète Israël
Zangwill, lyrique peintre des ghettos et des grandeurs
juives, dont la vie entière est aussi un apostolat.
Herzl donne, à Londres, une grande conférence,
organisée par son ami Zangwill, sans réussir
à faire prendre au sérieux son projet.
Cependant l'Etat juif, paru en 1896, enthousiasme de
milliers de Juifs de l'Europe orientale, dont plusieurs
acclament Herzl comme un Messie. Il se sent plus que
jamais le porte-parole du peuple. Il décide de
fonder un hebdomadaire sioniste, soutenu par ses propres
moyens; car Herzl, qui possédait une assez belle
fortune, la sacrifia entièrement à son
idéal.
Herzl
prépare le premier Congrès sioniste de
1897, que l'on devait appeler "le Congrès-messie".
Là, deux cents délégués,
réunis à Bâle, définissent
le sionisme : "le sionisme a pour but de créer,
pour le peuple juif en Palestine, un foyer garanti par
le droit public." Herzl s'attire la confiance passionnée
de l'Assemblée, qui compte de brillants intellectuels.
Rabbi
Mohilver adresse au congrès une lettre dans laquelle
il développe la mission d'Israël et les
promesses messianiques. Dès lors, Herzl augmente
sans arrêt son activité, et les obstacles
nouveaux appellent en lui des énergies nouvelles.
Il fonde l'Organisation sioniste, la banque Sioniste
et le Fonds de Rachat de la Terre (Keren Kayemeth Leyisraël).
Chaque
année, un nouveau congrès assemble les
militants. Herzl a obtenu l'approbation enthousiaste
du grand-duc Frédéric de Bade. Celui-ci
lui a procuré des audiences de l'empereur d'Allemagne
Guillaume II, et Herzl dîne, en 1901, à
à Constantinople, à la table du sultan
Abdul-Hamid, qui le compare au roi Salomon et le recommande
à son grand-vizir.
Un
charme magnétique personnel intense, la haute
conviction de sa mission nécessaire, acquérait
au héros sioniste d'ardentes sympathies. Mais
il s'usait en efforts trop fréquents devant la
résistance des interties humaines. En 1902 il
publia un roman d'anticipation sur la vie en Palestine,
Terre ancienne-Terre nouvelle (Alneuland). Le titre
de ce roman fut traduit en hébreu par Tel Aviv,
et c'est ce qui donna son nom à la ville nouvelle.
Quand,
en 1903, les persécutions redoublèrent
en Russie, Herzl traversa l'Europe une fois de plus.
Il alla trouver personnellement le ministre du tsar
pour lui parler du sionisme.
Au sixième congrès de 1903, Herzl révéla
une offre du ministre anglais des Colonies : celui-ci
proposait de concéder aux sionistes un territoire
en Ouganda, leur assurant, par charte, une complète
indépendance. Ce refuge provisoire, si utile,
n'empêcherait pas de poursuivre l'action en faveur
de la Palestine.
Le
congrès comptait cinq cents délégués
et, parmi eux, près de deux cents délégués
russes, qui refusèrent cette proposition et quittèrent
même l'assemblée en pleine session. Ils
adressèrent à Herzl un ultimatum pour
exiger l'abandon de cette idée. Cette révolte
fut une nouvelle cause de fatigue pour le vaillant champion.
Malgré la maladie de coeur qui l'accablait, il
travailla avec acharnement, et organisa une réunion
du Comité d'action sioniste à Vienne,
en 1904. Il avait renoncé à l'Ouganda
et repris ses négociations avec le gouvernement
turc.
Herzl
disparut prématurément en juillet 1904,
n'ayant pas cessé de servir une des aspirations
millénaires d'Israël, qu'il avait puissamment
enracinée, par son labeur géant, son courage
et son dévouement.
Source
: Grands d'Israël, Pascal Themanlys, Ed.Rieder
1935

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