La
ville de Saint-Jean-dAcre (Akko) est perchée
sur un promontoire, à l'extrémité
nord de la baie de Haïfa. La première ville
fut fondée au cours de l'âge du bronze
à Tel Akko (en arabe Tel el-Fukhar - le tertre
des tessons de poteries), situé juste à
l'est de l'actuelle ville. Akko est mentionnée
dans les anciennes sources écrites comme une
ville importante de la côte nord du Pays dIsraël.
L'abondance des découvertes, notamment les vestiges
de fortifications mis à jour à Tel Akko,
témoignent de l'occupation prolongée et
ininterrompue du site à l'époque biblique.
L'ancien site dAkko fut abandonné pendant la
période hellénistique. Ptolémaïs,
une nouvelle ville entourée de murailles, fut
construite sur le site de lactuelle Saint-Jean-dAcre.
Les Romains améliorèrent et élargirent
le port naturel de la partie sud de la ville, et construisirent
une digue qui en fit lun des principaux ports du littoral
oriental de la Méditerranée
L'importance de Saint-Jean-dAcre - une ville fortifiée
bien protégée dotée dun port en
eau profonde - se reflète dans son histoire fertile
en événements durant la domination des
croisés en Terre sainte.
Ville
d'Israël, au nord d'Haïfa, en Galilée,
sur la Méditerranée,Acre
apparaît dans l'Ancien Testament, sous le nom
d'Akko. C'est l'une des plus anciennes
villes au monde habitée de façon permanente.
Fondée
en 1500 av.J.-C., elle fut mentionnée pour la
première fois sous le règne du pharaon
Touthmôsis III (1504-1450 av. J.-C.). Elle fut
conquise par les Assyriens vers 700 av. J.-C. et pratiquement
dépeuplée sous Assurbanipal. En 332 av.J.-C.,
elle fut intégrée à l'empire d'Alexandre
le Grand. Ptolémée II, roi d'Égypte,
prit la ville au IIIème siècle av. J.-C.
: à compter de cette date et, jusqu'au Moyen
Âge, elle s'appela Ptolémaïs. Pendant
l'ère préchrétienne, Acre fut un
important centre commercial, qui appartint successivement
à la Syrie puis à Rome, dont elle fut
une colonie.
Après la division de l'Empire romain en 395 de
notre ère, Acre fut rattachée à
l'empire d'Orient (futur Empire byzantin). Les Arabes
en firent la conquête en 638 et la gardèrent
jusqu'à ce qu'elle soit prise par le roi Baudoin
Ier de Jérusalem en 1104. Saladin, sultan d'Égypte
et de Syrie, reconquit Acre, appelée alors Saint-Jean-d'Acre,
en 1187, mais elle passa ensuite aux mains des Européens,
au cours de la troisième croisade. En 1291, après
un long siège, Acre se rendit aux Sarrasins.
Les Ottomans la soumirent à leur tour en 1517.
Napoléon Bonaparte, qui tentait de faire une
percée sur la côte méditerranéenne
à partir de sa base égyptienne, fut arrêté
par les Britanniques à Acre, en 1799. En 1918,
les troupes britanniques firent la conquête d'Acre,
qui passa sous mandat britannique au même titre
que la Palestine.
La
ville fut conquise par l'armée israélienne
lors de la guerre israélo-arabe de 1948; elle
fut intégrée à l'État d'Israël
en 1949.
Acre
est le grand centre israélien de la fabrication
de l'acier.
Sa
population en 2006 : 50.000 habitants.
Les
croisés, qui fondèrent le royaume latin
de Jérusalem en 1099, ne parvinrent pas, dans
un premier temps, à venir à bout des fortifications
de Saint-Jean-d'Acre. Le 26 mai 1104, après plusieurs
mois d'un siège difficile, et grâce à
l'aide de la flotte génoise, la ville se rendit
et fut remise au roi Baudouin Ier. Conscients de l'importance
de la ville et de son port pour la sécurité
de leur royaume, les croisés entreprirent immédiatement
de construire un système perfectionné
de fortifications constitué par des murailles
et des tours d'un style entièrement inédit.
Ces
fortifications furent érigées le long
de la mer, à l'ouest et au sud de la ville, alors
qu'à l'est et au nord, un rempart (probablement
une double muraille) flanqué d'un large et profond
fossé séparait la ville de l'arrière-pays.
Le port fut également reconstruit et, d'après
des sources littéraires et des cartes, comportait
une partie extérieure et une partie intérieure,
cette dernière étant aujourd'hui envasée.
Une nouvelle digue, protégée par une tour,
fut dressée à son extrémité
; c'est ce qu'on appelle aujourd'hui la Tour des mouches.
Les fortifications de Saint-Jean-d'Acre, dans lesquelles
les croisés placèrent leur confiance,
furent prises relativement aisément par les musulmans.
Peu après leur victoire à la bataille
des Cornes de Hattin, le 9 juillet 1187, la ville se
rendit à Salah-al-Din (Saladin), et ses habitants
chrétiens en furent chassés.
Les
croisés revinrent assiéger Saint-Jean-d'Acre
en 1188, mais ne parvinrent pas à forcer les
massives fortifications qu'ils avaient eux-mêmes
érigées. Le 12 juillet 1191, les musulmans
capitulèrent cependant devant le roi d'Angleterre,
Richard Coeur de Lion, et le roi de France, Philippe-Auguste
(les chefs de la troisième croisade). Au cours
des cent années suivantes, les croisés
administrèrent Saint-Jean-d'Acre. Jérusalem
demeura (pour une brève période) sous
domination musulmane, ce qui accrut considérablement
l'importance de Saint-Jean-d'Acre devenue, durant le
XIIIe siècle, la capitale politique et administrative
du royaume latin. Bastion des croisés en Terre
sainte, la puissante forteresse de Saint-Jean-d'Acre
se trouvait en permanence sous la menace des musulmans.
Son port assurait la liaison entre le royaume des croisés
et l'Europe chrétienne ainsi que le transbordement
vers l'Occident des marchandises de valeur en provenance
de l'Orient.
Le
palais (castrum) des rois croisés, situé
dans la partie nord de la ville, était entouré
de puissantes fortifications. Des quartiers commerçants,
désignés sous le nom de communes, furent
créés à proximité du port
par les villes maritimes italiennes de Venise, Pise
et Gênes. Chaque quartier possédait une
place de marché, avec ses entrepôts et
ses échoppes, ainsi que des demeures pour les
familles des marchands. En outre, les différents
ordres militaires - les Hospitaliers, les Templiers,
etc. - chargés de la défense du royaume
latin, disposaient de centres d'hébergement.
Dans toute la ville, nombre d'édifices publics
comme des églises et des hospices, furent construits.
Au
début du XIIIe siècle, un nouveau quartier
résidentiel, appelé Montmusard, fut créé
au nord de la ville. Il était entouré
de ses propres remparts (probablement aussi une double
muraille). Au milieu du siècle, parrainée
par Louis IX de France, Saint-Jean-d'Acre s'étendit
et gagna en prospérité. Dotée d'une
population d'environ 40 000 habitants, c'était
la ville la plus importante du royaume des croisés.
La
dernière bataille que se livrèrent les
croisés et les musulmans pour le contrôle
de Saint-Jean-d'Acre commença en 1290. Après
un long siège imposé par les Mamelouks
sous la direction de al-Ashraf Khalil, une partie de
la muraille nord céda ; la ville fut conquise
le 18 mai 1291. Cette date marque la fin de la présence
des croisés en Terre sainte.
Les
constructions de la période croisée, notamment
les remparts de la ville, furent partiellement ou totalement
ensevelies sous les édifices des XVIIIe et XIXe
siècles, la cité faisant alors partie
de l'empire ottoman.
Vestiges
de la période des Croisés D'importants
vestiges de la période des croisés furent
découverts pour la première fois à
Saint-Jean-d'Acre pendant les années 1950 et
1960, lorsque des ensembles de constructions, situés
au-dessous du niveau du sol et presque intégralement
conservés, furent en partie dégagés
des débris. Au cours des années 1990,
dans le cadre du plan d'urbanisme, des fouilles furent
entreprises aussi bien à l'extérieur qu'à
l'intérieur des remparts de la Vieille Ville
d'aujourd'hui, mettant à jour de fascinants vestiges
de l'histoire médiévale de Saint-Jean-d'Acre,
connus auparavant principalement par les récits
des pèlerins.
L'enceinte
des Hospitaliers
Les vestiges souterrains les plus importants de la Saint-Jean-d'Acre
des croisés sont situés dans la partie
nord de l'actuelle Vieille Ville. Il s'agit du quartier
général de l'ordre des Hospitaliers (les
chevaliers de Saint-Jean), un ensemble important d'une
superficie d'environ 4 500 mètres carrés,
comprenant de vastes salles et de nombreuses pièces
s'ordonnant autour d'une vaste cour centrale à
ciel ouvert. Les murs épais étaient construits
en kurkar (grès local) soigneusement taillé
et le complexe était protégé par
des tours d'angle. Lorsque Ahmed al-Jazzar, le gouverneur
ottoman de Saint-Jean-d'Acre, décida de bâtir
une citadelle et un palais à cet endroit, il
combla de terre l'édifice des Hospitaliers.
Ces dernières années, la terre remplissant
l'édifice des Hospitaliers sur une épaisseur
de trois à quatre mètres a été
déblayée, révélant la cour
centrale, d'une superficie de 1 200 mètres carrés.
Les murs de cette cour sont percés de larges
ouvertures conduisant aux vastes salles et pièces
qui l'entourent. Des voûtes de style gothique,
jaillissant d'épais pilastres encastrés
dans les murs, soutiennent l'étage supérieur.
Sur le côté est de la cour, un escalier
de 4,5 mètres de large, soutenu par des voûtes,
donne accès au deuxième étage.
Un important système d'évacuation entraînait
les eaux de pluies tombées dans la cour jusqu'à
l'égout principal. Dans l'angle sud-ouest de
la cour, un puits en pierre assurait l'approvisionnement
en eau des habitants.
Au sud de la cour, se trouve une vaste salle appelée
à tort de crypte de Saint-Jean. C'est une pièce
rectangulaire, de style gothique, de 30 mètres
sur 15, haute de 10 mètres, au plafond en voûte
d'arête reposant sur trois piliers centraux de
trois mètres de diamètre chacun. Les cheminées
indiquent qu'elle servait de cuisine et de réfectoire.
Aux deux angles de la salle, des fleurs de lys (l'emblème
de la famille royale française) sont sculptées
dans la pierre.
Plus au sud, se dresse un ensemble de constructions
connu sous le nom de al-Bosta. Il se compose d'une vaste
pièce avec plusieurs piliers épais soutenant
un plafond en ogive. Ce bâtiment souterrain correspond
en fait à la crypte de Saint-Jean au-dessus de
laquelle fut construite l'église, mise à
jour partiellement ainsi que ses décorations
durant les fouilles.
Au nord de la cour centrale, s'alignent parallèlement
plusieurs longues salles voûtées souterraines
de dix mètres de plafond, appelées Salles
des chevaliers. D'un côté, des portes ouvrent
sur la cour ; de l'autre, des fenêtres et une
porte donnent sur l'une des rues principales de la ville
des croisés. C'était les quartiers d'habitation
des membres de l'ordre des Hospitaliers.
A l'est de la cour, la grande salle des colonnes s'étendant
sur 45 mètres de long et 30 mètres de
large et servant d'hôpital, a été
mise à jour. Son plafond de 8 mètres de
haut est soutenu par trois rangs de cinq piliers à
section carrée. Au-dessus de cette salle, se
dressaient probablement les quatre étages du
palais des croisés figurant sur des dessins de
l'époque.
La plupart des bâtiments du côté
ouest de la cour n'ont pas encore été
mis à jour. On a retrouvé de nombreux
chapiteaux décorés, caractéristiques
du style architectural recherché de cette aile.
Dans la partie nord, à chacun des deux étages,
des toilettes comprenant 30 cabinets étaient
reliées par un système de canalisations
à l'égout principal de la ville.
Un système d'égouts souterrain très
élaboré a été retrouvé
sous les bâtiments des Hospitaliers. D'un mètre
de diamètre, et d'une hauteur de 1,8 mètre,
il permettait d'évacuer, sur un parcours nord-sud,
les eaux de pluies et les eaux usées jusqu'à
l'égout municipal.
Les
rues
Certaines rues de l'époque des croisés
ont été partiellement mises à jour
: dans le quartier génois, au centre de l'actuelle
Vieille Ville de Saint-Jean-d'Acre, on a découvert
un tronçon de 40 mètres de long d'une
rue couverte, d'orientation est-ouest et de 5 mètres
de large. Elle était bordée par des bâtiments
dotés de cours ainsi que de pièces donnant
sur la rue qui servaient de boutiques. Dans le quartier
des templiers, situé dans la partie sud-ouest
de la ville, une autre portion de la rue principale
conduisant au port, a également été
mise à jour. Une portion d'environ 200 mètres
de cette rue bordée de plusieurs constructions
des croisés ensevelies sous des édifices
ottomans, a été exposée.
Les remparts de la ville des croisés
L'emplacement des remparts de la ville des croisés
est bien connu grâce aux cartes de l'époque,
fort détaillées, qui ont subsisté,
mais on en a retrouvé bien peu de traces au cours
des fouilles. Une partie des murailles est enfouie sous
les fortifications ottomanes ; d'autres ont été
endommagées lors de la construction des quartiers
modernes.
Près de l'angle nord-est des fortifications ottomanes,
une portion du rempart des croisés, longue de
60 mètres, a été retrouvée
; construit en grès local, son épaisseur
est de trois mètres.
Non loin, vers l'est, l'angle d'une tour bâtie
en grandes pierres de grès a été
partiellement préservé jusqu'à
une hauteur de six mètres. La façade de
la tour donnait sur un profond fossé de 13 mètres
de large, et était protégée de
l'autre côté, par un mur en contrescarpe.
Cette portion de murailles fait partie des fortifications
extérieures du nord, construites au XIIIe siècle
pour protéger le quartier de Montmusard, nouveau
à l'époque. C'est probablement la tour
vénitienne figurant sur les cartes de l'époque
des croisés. Sur le littoral, à quelque
750 mètres au nord de la Vieille Ville, on trouve
les vestiges des fondements d'une tour circulaire se
prolongeant vers l'est par une muraille et recouverte
aujourd'hui par la mer. Pour les chercheurs, il s'agit
de la tour d'angle circulaire qui se dressait à
l'extrémité ouest des remparts entourant
le quartier de Montmusard.
La
reprise des fouilles à Saint-Jean-d'Acre a été
menée par A. Druks, M. Avissar, E. Stern, M.
Hartal et D. Syon pour le compte de la Direction des
antiquités d'Israël. Les fouilles effectuées
dans l'enceinte des Hospitaliers ont été
dirigées par E. Stern, également pour
le compte de la Direction des antiquités d'Israël.
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