Israël
/ La deuxième guerre d’indépendance
par M. Gurfinkiel
Envoi
de Simon PILCZER
Soixante
ans après sa création, Israël est
un pays riche, futuriste, technologique et gai, mais
menacé. Sa jeunesse le sait. A 60 %, elle soutient
la droite nationaliste. - envoi S. Pilczer
Si
les jeunes Israéliens de 2008 se retrouvaient
dans la situation de leurs grands parents ou de leurs
arrière grands parents en 1948, à la veille
de l’indépendance, quel mouvement de résistance
soutiendraient-ils ?
La Haganah, l’organisation militaire semi-officielle
émanant de l’Agence juive, dominée
par les partis de gauche, professant une doctrine de
modération stratégique ?
L’Irgoun, issue du sionisme de droite, appelant
à une révolte immédiate contre
les Britanniques et à la conquête de l’ensemble
d’Eretz-Israël ?
Ou le groupe Stern, ultra-nationaliste, prêt à
recourir aux méthodes les plus dures pour assurer
la création d’un Etat juif ?
Ce sondage a été organisé à
la fin de 2007. Les résultats sont éloquents.
40 % des garçons et des filles interrogés
ont choisi la Haganah, 30 % l’Irgoun et 30 % le
groupe Stern. En d’autres termes, la ligne dure
mène par 60 % pour 40 %.
D’autres
sondages, portant sur des questions voisines, donnent
les mêmes résultats. Les jeunes Israéliens
votent beaucoup plus à droite que leurs aînés,
et manifestent aussi un patriotisme beaucoup plus net.
C’est vrai des laïques comme des religieux,
des jeunes nés dans le pays comme des immigrants,
des Ashkénazes comme des Sépharades, des
garçons comme des filles. La commission Winograd,
qui a analysé les défaillances de Tsahal
pendant la seconde guerre du Liban, en 2006, a confirmé
que les jeunes combattants, qu’ils fassent partie
des unités professionnelles, du contingent ou
des réserves, ont eu une conduite au-dessus de
tout reproche et un « haut degré de motivation
».
Pourquoi
cette radicalisation ? On est tenté de répondre
: parce que les jeunes Israéliens ont un cerveau.
Le pays dans lequel ils vont grandir est moderne, riche,
futuriste, technologique et gai, mais menacé.
En 2000, quand il a été élu premier
ministre au suffrage universel, Ariel Sharon avait observé
qu’ « Israël était confronté
à sa seconde guerre d’indépendance
». Huit ans plus tard, c’est toujours vrai.
Sharon a eu l’immense mérite de briser
partiellement la menace en Cisjordanie. Il a pris en
ce qui concerne Gaza des décisions risquées
qui, entre les mains de ses successeurs, se sont révélées
catastrophiques. Début 2008, les nuages noirs
s’amoncellent :
-
Le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza ont
démontré qu’ils pouvaient frapper
la population civile israélienne à leur
guise, et survivre. Résultat : les régions
qui se trouvent à proximité immédiate
de leurs bases se dépeuplent. Cela encourage
ces deux organisations djihadistes à frapper
plus fort, plus loin. Après Sdéroth, c’est
Ashkelon qui est touché. Après la Galilée,
c’est le cœur démographique d’Israël,
la région de Tel-Aviv, Gush-Dan en hébreu,
qui pourrait se trouver à court terme sous le
tir de missiles Kassam ou Katyushka tirés de
Cisjordanie.
- L’Egypte, pays arabe soi disant modéré,
ayant signé un traité de paix avec Israël
dès 1978, trahit ses engagements, les uns après
les autres, avec un cynisme obscène. L’affaire
de ces deux mille pseudo pélerins de Gaza en
Arabie Saoudite, dont l’Egypte devait garantir
la sécurisation et qu’elle a finalement
laisser rentrer chez eux sans le moindre contrôle,
est exemplaire. Que ce pays ait agi de cette façon
pendant la visite privée et officielle du président
français sur son territoire ne diminue en rien,
on l’aura compris, la gravité de son comportement.
- Les Arabes israéliens – 1,3 millions
d’âmes, 17 % de la population israélienne
– sont en train de passer corps et biens du côté
des extrémistes islamistes et arabes. Le meeting
qui s’est déroulé hier à
Nazareth, ville israélienne, est révélateur.
Une foule qui ne brandit que les drapeaux palestiniens,
qui traite les ministres de son pays de criminels de
guerre, qui proclame sa solidarité avec le Hamas
de Gaza. Aucun pays souverain ne tolèrerait cela.
Certainement pas les vingt-deux pays membres de la Ligue
arabe ou les cinquante-deux Etats membres de la Conférence
islamique.
Le
Proche-Orient ne connaît que la force. C’est
dommage. Mais c’est comme cela. Si Israël
se retire d’un territoire, il n’apparaît
pas aux yeux de ses voisins arabes comme mature et généreux,
mais comme faible. S’il n’est pas en mesure
d’exercer des représailles à l’égard
de l’Egypte, celle-ci continuera à le trahir.
Si l’Etat juif ne convainc pas ses citoyens arabes
de sa volonté politique, ces derniers basculeront
définitivement du côté du djihadisme.
Les
jeunes Israéliens, eux, savent cela. Ils se battront.
Eux seuls méritent notre respect et notre soutien.
Michel
Gurfinkiel : Ecrivain et journaliste,
président de l’institut Jean-Jacques
Rousseau, correspondant en France de Commentary
et Weekly Standard, auteur de Israël, géopolitique
d’une paix (1991), La cuisson du homard (2001),
Le testament d’Ariel Sharon (2006), à
paraître au début 2008 son livre sur
l’histoire du sionisme et d’Israël.
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